Warning: join(): Bad arguments. in /home/web/sip2/ecrire/inc_texte.php3 on line 791 [[SIP2] - Site Internet Pédagogique du second degré de Mayotte] Le sisal à Mayotte et aux Comores (1911-1956), après l’échec des usines sucrières
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    Le sisal à Mayotte et aux Comores (1911-1956), après l’échec des usines sucrières

    Eléments d’histoire, patrimoine industriel, mémoire ouvrière
     

    Cultivé d’abord à Anjouan par deux compagnies (la Nioumakélé créée par Jules Moquet en 1900 et la Bambao), le sisal est implanté à Mayotte en substitution de la production sucrière.

    Deux usines de sisal ont fonctionné sur Mayotte : Dembéni accueille une défibreuse en 1911, de petit gabarit, d’un rendement faible évalué à 40 tonnes annuelles. La Société coloniale de Bambao (SCB) développe la culture du sisal sur 500 hectares en substitution à la vanille après 1929, et implante son usine à Combani, au lieu-dit Mroalé.

    La production mahoraise, stimulée par des primes à l’export, connaît un essor rapide : elle est multipliée par 12 en dix ans, de 32 tonnes en 1930 (point bas lié à l’effondrement des cours, divisés par cinq cette année-là, dans le contexte de la crise mondiale) à 400 tonnes en 1940. Le 27 juillet 1939 est créé le Comité technique consultatif national du sisal et des produits de cocotier. Mais la Deuxième Guerre mondiale désorganise la production mahoraise en rendant impossible l’exportation ; les stocks inutilisés s’accumulent, la culture diminue. Le rapport économique annuel de l’administration pour 1944 note 200 hectares de sisal cultivés à Mayotte, 126 tonnes produites, 430 tonnes stockées. L’après-guerre relance l’activité.

    Après 1955 le sisal entre en concurrence avec les fibres de synthèse, son cours fléchit, précipitant l’arrêt de l’activité vers 1967. La poussée démographique de l’après-guerre entraîne en outre une faim de terres exploitées en cultures vivrières : c’est la fin du système foncier de la plantation coloniale.

    1.Travailler le sisal :

    -  La coupe, années 1920

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    La coupe du sisal à Anjouan, années 1920

    Carte postale, avant 1928.

    Cote : Société de Géographie / BnF Richelieu - Cartes et Plans We 300

    Notice n° : FRBNF38641074

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    La coupe du sisal

    Détail de l’action illustrée "Sisaleraies et Carburants africains S.A." (ex Distilleries africaines), part de fondateur, Dakar (Sénégal), 12 mai 1928.

    Cliché J-R Nace (tous droits réservés ; utilisation libre dans le cadre de la classe ; utilisation commerciale soumise à autorisation).

    -  La culture de la plante (J-R Nace) :

    "le sisal utilisé pour le textile (Agave sisalana) est un agave originaire du Mexique, à grandes feuilles épaisses et charnues disposées en rosette à la base, pérennes, hérissées de pointe à leur extrémité. La plante vit de 8 à 100 ans, meurt parfois après floraison, mais les rhizomes produisent alors des surgeons. On la multiplie par drageons ou bulbilles, sur une base de rentabilité d’environ 5000 plants à l’hectare en culture en lignes. La récolte a lieu lorsque les feuilles sont inclinées à 45° et leurs pointes grisâtres, elle s’échelonne en fonction de la main d’œuvre disponible et des capacités d’usinage. Les feuilles mûres, qui pèsent entre 800 et 1200 grammes, sont coupées au shombo (couteau agricole local), le plus près possible du tronc, par une coupure franche pour éviter les risques de pourriture ; on commence par les feuilles de la périphérie du pied du sisal, pour aérer et permettre à l’eau de s’infiltrer. Les feuilles coupées sont rassemblées aux extrémités des lignes de plantation, puis acheminées à l’usine".

    -  L’usinage (J-R Nace)  :

    "Le défibrage se fait dans les 48 heures qui suivent la coupe : l’opération permet de récupérer entre 25 et 40 grammes de fibres humides à partir du sclérenchyme et de l’épiderme d’une feuille de 1 kilogramme, soit un rendement de l’ordre de 3% de fibres préparées sèches. La feuille est écrasée par le poitrail fixe, grosse meule métallique, puis raclée de sa pulpe par une roue à couteaux.

    Le lavage exige 2,5 m3 d’eau par tonne de feuilles, il est essentiel pour la qualité et la couleur des fibres. Les fibres ainsi obtenues sont séchées sur des claies ou des fils tendus à l’air libre pendant 48 heures ; elles blanchissent alors au soleil.

    Le séchage est une opération délicate car il donne la couleur plus ou moins blanche au produit final, en fonction de la nébulosité, l’ensoleillement, l’humidité. Or, c’est la blancheur des fibres qui en fixe la valeur. 50 kilogrammes de fibres humides donnent 28 kilogrammes de fibres sèches.

    Les ultimes ouvraisons consistent à éliminer les dernières impuretés par un brossage mécanique dans des batteuses, puis à peigner les fibres sèches pour faciliter l’étalonnage.

    Le sisal mahorais permet d’obtenir des fibres de 1 mètre à 1,5 mètres de long, qui servent à la fabrication de fils grossiers, cordes, attaches, brosses. Les résidus sont transformés en étoupe.

    L’ensemble du cycle d’exploitation requiert 110 journées de travail par tonne de fibres (55 jours pour la coupe, 10 jours pour le transport, 15 jours pour le défibrage, 3 jours pour le ramassage des fibres après séchage, 9 jours pour le classement et le brossage, 18 jours pour l’emballage et le triage)".

    -  Défibreuse Corona n°2, des usines Friedrich Krupp de Magdebourg (elle peut traiter 4 tonnes à l’heure ;

    des batteuses de brossage qui peuvent traiter 1,2 tonnes en huit heures complètent le dispositif).

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    Défibreuse Corona, Mroalé

    Cliché J-R Nace, octobre 2004.

    Tous droits réservés (utilisation libre dans le cadre de la classe ; utilisation commerciale soumise à autorisation).

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    Défibreuse, détail : inscriptions "Fried. Krupp, Magdebourg"

    Cliché J-R Nace, octobre 2004.

    Tous droits réservés (utilisation libre dans le cadre de la classe ; utilisation commerciale soumise à autorisation).

    -  La mécanique est actionnée par un moteur Vierzon à gaz pauvre (le débit du petit cours d’eau canalisé, le Walé, ne permet pas l’usage de l’hydroélectricité, à la différence des usines anjouanaises comme celle de Patsy) :

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    Moteur et roues d’entraînement des courroies, usine SCB, Mroalé

    Cliché J-R Nace, octobre 2004.

    Tous droits réservés (utilisation libre dans le cadre de la classe ; utilisation commerciale soumise à autorisation).

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    Moteur, détail : plaque "Société française Vierzon - Cher"

    Cliché J-R Nace, octobre 2004.

    Tous droits réservés (utilisation libre dans le cadre de la classe ; utilisation commerciale soumise à autorisation).

    JPEG - 31.4 ko
    Moteur Vierzon

    Cliché J-R Nace, octobre 2004.

    Tous droits réservés (utilisation libre dans le cadre de la classe ; utilisation commerciale soumise à autorisation).

    JPEG - 24.5 ko
    Moteur Vierzon, détail, clin d’oeil en hommage à François Eglin

    Cliché J-R Nace, octobre 2004.

    tous droits réservés (utilisation libre dans le cadre de la classe ; utilisation commerciale soumise à autorisation).

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    Eléments du système de motorisation à gaz pauvre

    Cliché J-R Nace, octobre 2004.

    Tous droits réservés (utilisation libre dans le cadre de la classe ; utilisation commerciale soumise à autorisation).

    -  Mémoires ouvrières, usine SCB de Combani, années 1940 :

    Témoignages oraux recueillis et traduits par Nassur Attoumani, parus dans le journal Jana na léo n°11 :

    Saïd Moindjié :

    "J’ai ensuite été affecté à la plantation et à la coupe du sisal. Le champ s’étendait de l’école de M’roalé jusqu’à Combani en passant par Lazaré, là où se trouve […] l’école de Tsingoni, avant l’entrée du village. L’usine se trouvait à 200 mètres du carrefour de Combani".

    Baco Ousséni :

    "Quand le sisal a remplacé progressivement la canne à sucre, il fallait défricher, brûler, planter, cultiver, couper et finalement transporter 50 paquets de 25 feuilles par jour jusqu’à l’usine. D’autres ouvriers les écrasaient et les faisaient chauffer au soleil. On y cultivait la puanteur."

    Mali Ali Dziki :

    "Le sisal est venu après. Non seulement il n’était pas comestible, mais en plus c’était un travail sale, difficile et dangereux. La machine fonctionnait 24h sur 24. Certains travailleurs étaient affectés au ramassage du bois mort pour l’alimenter. […] des charrettes à bœufs assuraient le transport des fagots, de la canne, du sisal et de l’ylang du champ à l’usine. Le sisal était coupé avec des couteaux puis séché au soleil. L’air y était irrespirable et moralement cela nous affectait beaucoup".


    2.La place du sisal dans l’économie des Comores (1943-1956) :

    -  M. Buquet, inspecteur de la circonscription agricole de l’archipel des Comores, Rapport annuel 1943 (Archives Territoriales de Mayotte, 18W16)  :

    "Le sisal arrive juste après la vanille du fait du capital investi dans les usines. Les surfaces utilisées sont de 1900 ha à Anjouan et de 400 ha à Mayotte.

    A cause de la nature et de la pente des terrains, les cultures ne sont pas faites sur labour, ce qui retarde la production. Alors qu’à Tuléar [Madagascar], les plants rapportent au début de la 4è année et produisent toutes leurs feuilles, 100 en moyenne, en 5 ans (la plante occupe le terrain 8 ans), à Anjouan la plante ne fournit toutes ses feuilles (100) qu’au bout de 18 ans à Bambao, 13 ans à Nioumakélé.

    Les plantations sont très serrées (1,80 x 1,10 m), les feuilles se croisent, la cueillette est plus difficile, les indigènes se piquent et n’aiment pas ce travail car leurs blessures sont profondes et douloureuses. Les rendements sont faibles (1200 kg/ha).

    Cinq usines traitent l e sisal, sur cinq domaines, dont 4 appartiennent à la Bambao. 4 usines se trouvent à Anjouan, une à Mayotte. 4 usines utilisent une machine Corona n°2, 1 une machine anglaise de marque Robey. Trois usines, toutes à Anjouan, sont actionnées par deux usines hydroélectriques, deux usines sont actionnées par un moteur Vierzon à gaz pauvre. La puissance de production est de 400 tonnes par usine : en fait ce n’est pas la défibreuse qui limite la production mais les difficultés d’approvisionnement (les constructions des routes demandent plus de travaux que les plantations elles-mêmes [1]).

    Pour 1943, étant donné l’usure du matériel et l’inutilité des stocks, et faute de place, il n’y a eu que 1300 tonnes produites."

    -  Exportations de sisal des Comores et de Mayotte, en tonnes, 1946-1956 (source : J. Minelle, L’agriculture à Madagascar, Rivière, Paris, 1959)  :

    années total Comores dont Mayotte
    1946 2489 ...
    1947 1888 151
    1948 1209 150
    1949 1945 338
    1950 1820 4
    1951 506 204
    1952 1047 25
    1953 545 0,1
    1954 2130 140
    1955 1408 ...
    1956 2225 ...
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    Notes de bas de page

    [1] 100 km de routes existent en 1941, en 1961 seulement 23 km sont goudronnées dans tout l’archipel des Comores !

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