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Introduction : La démarche des Sciences Economiques et Sociales
La famille : une institution en évolution.
L’emploi : une question de société
La production : un espace de relations économiques et sociales
La consommation : une activité économique, sociale et culturelle
Les revenus de la propriété
Les savoir-faire applicables à des données quantitatives
Taux de fécondité, nombre de naissances à Mayotte
Devoirs communs
RESUME :
Pendant plus d’une vingtaine d’années (de 1790 aux environs de 1820), les Malgaches des côtes vont organiser des expéditions de pillage sur les Comores, afin de se procurer des esclaves qu’ils revendent aux planteurs des
Mascareignes.
Des centaines de pirogues amènent, certaines années, jusqu’à 18000 guerriers qui se répandent dans les îles comoriennes et les ruinent.
Dès les premières invasions, les Comoriens vont, pour résister aux envahisseurs malgaches, fortifier leurs villes, et appeler à l’aide les Européens installés dans la région.
Les Anglais [1] réussiront à faire cesser les razzias, mais les Comores sont alors dépeuplées et appauvries. Les Sultans étant moins obéis, les îles vont connaître des années de guerres civiles [2], de luttes entre les clans pour s’emparer du pouvoir : cette époque a été appelée "l’époque des Sultans batailleurs".
Documents utilisés :
Fiches et documents d’histoire pour les écoles élémentaires des Comores INE, Moroni, pp 102-112, 1985.
Textes et documents : Les transports et les échanges dans l’océan Indien de l’antiquité à nos jours, CRDP de la Réunion, T.II
J-C HEBERT, Les razzias malgaches aux îles Comores et sur la côte orientale africaine (1790 - 1820), Première partie : les invasions à Anjouan et à Mayotte jusqu’en 1807 in Etudes Océan Indien n°3 1984 CEROI, Paris
Jean MARTIN, Comores, quatre îles entre pirates et planteurs, Tome 1 pp. 84-108, 1983, l’Harmattan, Paris.
Remarque pédagogique :
Les séquences sur les razzias malgaches et leurs résultats s’inscrivent dans le cadre de la mise en exploitation du Monde par les Européens et la traite négrière concomitante à la mise en valeur des îles à sucre. Elle prépare aussi des leçons qui montrent la fragilisation des Comores indépendantes :
Règne de Malgaches :
Andriantsouli à Mayotte
Ramanétaka à Mohéli
Installation de planteurs fondateurs des grandes sociétés coloniales : Humblot en Grande Comore, Sunley à Anjouan, Lambert à Mohéli avant le protectorat et le statut colonial.
Le commerce entre Madagascar, les Comores et la côte Est de l’Afrique a longtemps été assuré par les ANTALAOTSES*, les Comoriens, les Swahilis, les Arabes.
Leurs boutres transportaient des marchandises et des esclaves, destinés aux pays du golfe Persique, et à partir du XVIIIème siècle, aux Mascareignes* (Réunion, Maurice).
Dès leur arrivée dans l’océan Indien, les Européens participent à ce commerce.
A la fin du XVIIIème siècle, la demande de main- d’oeuvre aux Mascareignes [3] est si forte que le prix d’un esclave est en quelques années multiplié par trois.
Les Malgaches voulant leur part de ce trafic vont organiser des expéditions de pillage contre les Comores et la côte Est de l’Afrique.
Les sultans comoriens en guerre les uns contre les autres, engagent des mercenaires* sur les côtes malgaches.
Ceux-ci vont découvrir les richesses de l’archipel - celle de Mutsamudu surtout - et se rendre compte que les Comores ont peu de moyens de défense : c’est ce que montre l’histoire de Rassiriki.
L’histoire de Rassiriki :
« A Ndzouani, Domoni et Mutsamudu se faisaient la guerre. Des Malgaches commandés par Rassiriki secoururent le Sultan AHMED de Domoni et lui donnèrent la victoire.
Reconnaissant, le sultan les récompensa et les fit reconduire en boutre sur la côte malgache du Sambirano. Rassiriki, bon navigateur, avait étudié la façon dont les marins anjouanais dirigeaient leur bateau. Il avait noté la position du soleil et des étoiles, et se sentait capable de revenir sans guide aux Comores.
Arrivé dans son pays où l’on cherchait des esclaves pour les vendre, il eut l’idée d’aller en enlever aux Comores dont il connaissait les faibles moyens de guerre et de résistance, et il décida bientôt ses compatriotes à entreprendre une expédition sur Ndzouani.
Les Malgaches construisirent de grandes pirogues pouvant contenir trente à quarante hommes, et, en ayant rassemblé un grand nombre, ils partirent sous la conduite de Rassiriki...
Une première expédition ayant eu un plein succès, elle fut renouvelée dans les années suivantes. » (Guillain, 1845).
Elles se procurent des esclaves en Afrique de l’Est, auprès des Portugais et des Arabes, et à Madagascar ; les Comoriens participent à ce trafic.
Nous avons vu que les pirates européens installés à Madagascar vendaient eux aussi des esclaves. Dans le Nord-Est de la Grande Ïle, leurs enfants métis, les Zana Malata, ont créé le royaume betsimisaraka. Ce sont des descendants de ces Zana Malata, guidés par des Antalaotes [4], qui vont organiser les razzias sur les Comores.
Leurs embarcations sont des pirogues de 8 à 10 mètres de long et pouvant transporter de 30 à 40 personnes. Tous les cinq ans, 400 à 500 pirogues transportant de 15000 à 18000 guerriers partaient de Nossi Be ; les autres années, il n’y avait qu’une cinquantaine de pirogues "afin de ne pas ruiner à jamais les Comores"...
Le départ avait lieu en août et en octobre. En mai ou en juin, les pirogues chargées de leur butin revenaient à Madagascar.
Les quatre îles de l’archipel furent attaquées tour à tour, mais ce sont les deux principales qui eurent le plus à souffrir des razzias malgaches :
| NDZOUANI | NGAZIDJA |
|---|
1792 : Les mercenaires [5] malgaches de Boina Combo Aboubakar (lequel est en guerre contre Abdallah 1er) ruinent Ouani. 1802 : Des Européens de passage constatent la présence d’un millier de cadavres au pied des murs de Mutsamudu. 1808 : Siège de Mutsamudu ; explosion de la poudrière [6] | 1798 : 1ère invasion (Mbadjini). Les Grands Comoriens unis autour de leur Tibe résistent. 1805 : 2ème invasion (Salimani). Prise d’Iconi, de Ntsoudjini 1806 : 3ème invasion. Prise du N’Gouni d’Iconi ; prise de Ntsaoueni ; Itsandra résiste (fortification achevée). |
Document : Extrait d’un manuscrit écrit par Abdoul Hatif, cheikh de Mbeni et descendant de la famille royale d’Itsandra.
« Quand le Sultan Foumnaou eut 62 ans (vers 1798), un grand événement se produisit : il arriva une grande quantité de pirogues pleines de Malgaches qui débarquèrent à Foumbouni. Le but de ces Malgaches était de réduire ces gens en esclavage. Tous les Comoriens tremblèrent à cette apparition.
Le sultan envoya à Foumbouni tous ses guerriers...Ils attaquèrent les Malgaches avec leurs sabres. Il mourut beaucoup d’hommes et il y eut des blessés car les Malgaches étaient armés de fusils (les Comoriens n’en possédaient pas)...
(Lorsque les Malgaches partirent) le sultan Foumnaou ordonna au peuple de construire des remparts ; on se mit aussitôt à l’ouvrage, on commença à brûler de la chaux et à édifier à la hâte. Les villes qui commençèrent furent : Itsandra-M’djini, Moroni, Iconi, Ntsoudjini, Ntsaouéni, Mitsamiouli-M’djini et Foumbouni...
(Le sultan Foumnaou mourut et son fils, Fefoumou lui succèda, en 1805).
Fefoumou veilla à ce que les remparts soient édifiés à la hâte.
L’année suivante, les Malgaches vinrent pour la deuxième fois et débarquèrent à Mtsamdou (le Salimani actuel)...
Le sultan envoya ses soldats à Hambou à la rencontre des Malgaches.
mais ceux-ci étaient déjà à Iconi...
Un grand vizir nommé KARIBANGOUE, qui était aussi un des braves guerriers d’Iconi, fut tué là. Ce fut un grand deuil.
Puis les Malgaches vinrent à Itsandra et s’arrêtèrent au lieu dit N’Gouni, près de la ville de Ntsoudjini. Ntsoudjini n’était pas encore à cette époque pourvue de murs de défense. La population, en voyant l’ennemi si proche...fit sortir les enfants, les vieillards, les malades ainsi que les femmes et vint les mettre à l’abri des murs d’Itsandra.
La bataille s’engagea ; il y mourut beaucoup d’hommes...Après avoir ruiné l’île de Ngazidja, les Malgaches disparurent.
Après le départ des Malgaches, le Sultan Fefoumou s’occupa activement des murs de Ntsoudjini. En une année, le mur fut achevé, et le jour de son achèvement la joie fut grande et générale... »
Questions :
Après la troisième expédition malgache à Ngazidja (1806), selon Abdoul Hatif, « il ne restait nulle part ni boeuf, ni cabri, sauf à Itsandra. Ce fut un grand deuil pour l’ensemble de Ngazidja, en raison des morts, des prisonniers emmenés à Madagascar et des destructions commises. Fort heureusement, les Malgachesne revinrent plus par la suite... »
Dans les deux plus petites îles, la population comorienne s’était regroupée dans quelques localités ; les Malgaches séjournaient en permanence [7] sur la Grande Terre de Maore.
Mutsamudu, jusque là port très fréquenté, perdit son activité commerciale, et c’est Zanzibar qui devint la première escale pour les navires passant par le canal de Mozambique.
Plus de vingt ans après la fin des razzias malgaches, les Comores donnaient encore à l’étranger de passage une impression de grande pauvreté...
C’est à l’époque des razzias malgaches (vers 1800) que datent les remparts que l’on peut voir encore autour ou près de certaines villes comoriennes.
A Mayotte : Le Sultan, Salim II, abandonna sa capitale, Chingoni, pour se retirer avec la plus grande partie des Mahorais sur l’ilot de Dzaoudzi qu’il fit fortifier ; la Grande Terre était laissée aux Malgaches.
A Anjouan : Abdallah Ier fit construire la citadelle de Mutsamudu et fortifier Domoni et Sima.
A Mohéli : La vieille ville de Chouani qui dominait Nioumachoua, fut détruite ; les villes de Fomboni et de Nioumachoua furent fortifiées. Une muraille de 400 mètres de long fut élevée à l’intérieur des terres, à 650 m d’altitude.
En Grande Comore : Les sites fortifiés sont au nombre de sept (voir carte ci-dessous)
1) Les Malgaches s’attaquent aux comptoirs de la côte africaine
A partir de 1810, les Malgaches se tournent vers la côte Est de l’Afrique, car :
Les Comores sont presque ruinées
Les Comoriens ont appris à se défendre : leurs chaloupes [8] de guerre portent des canons et coulent de nombreuses pirogues malgaches ; une dizaine de villes se sont fortifiées ; les Malgaches qui n’ont pas de canons ne peuvent abattre les murailles.
Les expéditions vers l’Afrique sont plus dangereuses que celles organisées contre les Comores : beaucoup de pirogues chavirent [9] ; les Portugais et les Zanzibarites fortifient leurs comptoirs et lancent des bateaux armés de canons contre les Malagches. En 1816, une "flotte [10]" malgache est complétement détruite.
2) L’appel à l’aide extérieure
Les Sultans demandèrent la protection des Européens installés dans les pays voisins :
Portugais du Mozambique
Anglais de Maurice, du Cap et de Bombay (Inde)
Français de la Réunion
Dès 1796, Abdallah Ier de Ndzouani avait envoyé une délégation à Bombay ; il avait obtenu des armes, des munitions et de l’argent pour la construction de la citadelle de Mutsamudu.
En 1816, son successeur, le Sultan Alhaoui écrit au Roi de France pour lui demander des armes qui lui sont envoyées par le gouverneur de la Réunion.
En 1817, le Gouverneur de Maurice signe avec le Roi mérina de Tananarive, Radama 1er, un traité qui interdit le commerce des esclaves par les Malgaches. Le Roi Radama promet aussi de protéger le sultan de Ndzouani, "ami fidèle allié de l’Angleterre".
Peu de temps après, les razzias malgaches cessent définitivement.
Document : "Les Malgaches se tournent vers l’Afrique"
« Depuis 1800, les Malgaches s’étaient enhardis. Sous la conduite du frère de Boina Combo Aboubakar et d’un "Maure" de Madagascar du nom de Nassiri, ils poussaient leurs incursions jusqu’à la côte africaine dont les richesses étaient autrement considérables (que celles des Comores).
Ces raids à la côte d’Afrique devinrent rapidement dangereux.
Les rivages du Mozambique étaient surveillés par les navires portugais. Plus au Nord, les abords de l’île de Zanzibar, de Pemba et de Mafia l’étaient par les navires de l’imam de Mascate. Le Sultan Alaoui jouait un rôle de veilleur. Tenu au courant par des commerçants arabes des préparatifs et des mouvements de troupes à Madagascar, il en informait le Gouverneur de Mozambique... Les flotilles malgaches remportèrent quelques succès sur des vaisseaux européens...
Il fallait tenir compte des éléments naturels. Sur la route du retour, les barques lourdement chargées étaient à la merci du moindre coup de vent, et les pertes étaient parfois énormes. Même au voyage aller, il arrivait que les expéditions eussent à affronter le mauvais temps. En 1816, il semble que sur 250 pirogues ayant quitté Nossi Be, soixante-huit seulement purent atteindre les îles Querimbas (près du rivage africain, en face de Mohéli). La garnison portugaise d’Ibo résista et détruisit encore vingt-cinq pirogues. Une autre flotille atteignit l’île de Mafia où elle s’empara d’un butin considérable en biens et en hommes, mais le gouverneur de Zanzibar lança ses boutres à la poursuite des pirogues malgaches. Celles-ci s’engagèrent dans une baie que les envahisseurs prirent pour un détroit débouchant sur la mer libre. Elles s’y échouèrent dans une vasière. les Zanzibarites les éventrèrent à coups de bombardes, se tenant hors de portée de leurs flèches et de leurs fusils. Quand vint la marée basse, les embarcations se trouvèrent au sec et l’affaire se termina par un carnage. »
Source : Jean MARTIN, "Comores : quatre îles entre pirates et planteurs", Tome I, pp107-108, 1983.
Questions :
Montrer que ces expéditions sont très dangereuses pour les pillards.
[1] En fait, les Mascareignes ayant été occupées à partir de 1810 par les Anglais farouchement prohibitionnistes, les négriers perdent leur principal marché demandeur. De même les Anglais occupent Tamatave et la côte orientale de Madagascar d’où partaient les esclaves. Pus tard, le contrôle du canal de Mozambique par les escadres anglaises allait progressivement décourager ce trafic. Enfin en 1817, le traité signé entre Radama Ier et Sir Robert Farquhar prohibait le trafic des esclaves. progressivement, il sera réellement appliqué.
[2] « Une guerre civile » :
elle oppose des gens d’un même pays
[3] « Les Mascareignes » : archipel comprenant la Réunion, Maurice, Rodrigue
[4] « Les Antalaotses » : En malgache, "gens de la mer" ; ce sont des gens originaires des Comores et de la côte orientale de l’Afrique qui sont installés sur la côte nord-ouest de Madagascar où ils se livrent au commerce.
[5] « Un mercenaire » : soldat étranger payé pour se battre
[6] « La poudrière » : lieu où sont entreposées les munitions.
[7] « En permanence » : tout le temps ; les Malgaches se sont bâtis des villages de paillottes et certains d’entre aux ne quittent plus Maore ou Moili.
[8] « une chaloupe » : un grand canot, lourd et solide ; il est assez stable pour qu’on puisse l’équiper de petits canons (bombardes)
[9] « Chavirer » : se renverser, se retourner quand la mer est forte
[10] « Une flotte » : un ensemble de bateaux ; la flotille est une flotte de petits bateaux