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    Madagascar et l’"indigénat" : une colonie au travail (1896-1920)

    de l’abolition de l’esclavage au travail forcé
     
    Derrière des motifs humanistes, l’abolition de l’esclavage par la France vise aussi, comme à Mayotte cinquante ans plus tôt, à rendre disponible pour la colonisation une main d’oeuvre jusqu’alors servile. La mise en valeur de la Grande Ile, la construction des infrastructures publiques (routes, ponts, canaux) nécessite également une main d’oeuvre, fournie par l’astucieux système de l’impôt personnel, dont le non-paiement astreint l’indigène à des amendes payables en "corvées".

    1.Les Français abolissent l’esclavage, arrêté du 27 septembre 1896 :

    "Il y avait à craindre que cette mesure radicale, prise sans ménagement et sans transition, n’amenât des troubles et des difficultés, ainsi que cela avait eu lieu aux Antilles et à la Guyane lorsque le décret du 27 avril 1848 supprima l’esclavage. Pour parer à ces dangers possibles, l’administration française, prenant pour base l’ancienne organisation hova, fit classer les affranchis en groupe de mille, cinq cents et cent ; à la tête de chaque groupe fut placé un chef responsable de même origine. D’autre part, on fit effort pour les retenir sur les propriétés agricoles, au moyen de contrats de travaux passés entre le maître et les affranchis. L’état-civil, qui n’existait pas pour les esclaves, fut organisé par l’arrêté du 5 octobre 1896. L’inscription rétroactive des mariages et des naissances fut autorisée. D’autres mesures très judicieuses furent prises dans le même but de sorte que la transition s’est opérée sans trop de secousses, et que la crise politique et économique qu’on pouvait redouter fut évitée"

    (A. Cahuzac, Essai sur les institutions et le droit malgaches, Librairie Maresq Ainé, Paris, 1900, tome 1, p.75)

    2. La mise en place de l’impôt personnel et du travail forcé :

    -  Basset, thèse de doctorat en droit, Paris, 1903 (sur l’impôt direct de 50 puis 30 jours de travail, institué par arrêtés des 21 octobre 1896 et 19 janvier 1897) :

    "L’esclavage à aucune époque n’avait atteint ce caractère de cruauté et les fonctionnaires exploitent les corvéables jusqu’à l’extrême limite de leurs forces. On a établi que le fanompoana [=la corvée] causait la mort de 20% des travailleurs employés […]. Malgré les services rendus par le fanompoana à Madagascar, il aurait mieux valu ne jamais l’appliquer que de soumettre tout un peuple à la condamnation aux travaux publics."

    (cité par J. Harovelo, La SFIO et Madagascar, 1947, ed. L’Harmattan, Paris, 1995)

    -  Galliéni, instructions du 1er janvier 1905 :

    "Les services du fokon’olona [= communauté villageoise] ne doivent s’appliquer qu’à des travaux de première nécessité et d’intérêt local profitant directement à la communauté, tels que la construction, l’entretien et la réfection des digues et des canaux d’irrigation des rizières, l’entretien des chemins et sentiers du fokon-tany [= territoire communal], la destruction des sauterelles, la réparation des dégâts causés par un cyclone […]."

    -  Gouverneur général Garbit, lettre au Ministre des affaires coloniales, 24 août 1920 (réquisitions de travailleurs malgaches peu collaborateurs) :

    "J’ai pu surprendre des signes de désaffection de la part des indigènes ; pour qui a connu jadis la collaboration spontanée et rieuse du Malgache, penché sur sa rizière ou travaillant sur les chantiers publics, il y a là un symptôme pénible d’évolution regrettable. Le système artificiel des réquisitions a produit ce résultat auquel il fallait s’attendre. Il y a à Madagascar assez de bras valides pour la culture nécessaire, pour les travaux prévus ; la main d’œuvre existe, elle se dérobe devant le geste coercitif."

    (in Raymond W. Rabemananjara, Madagascar, Histoire de la Nation malgache, Paris, 1952)

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