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    Madagascar, une conquête réunionnaise ? (1885-1899)

    des bataillons de volontaires à l’installation des colons
     
    Les Réunionnais sont sans doute à l’origine des pressions les plus fortes pour conquérir et annexer Madagascar. Ce lobby, une des branches du "parti colonial", est dirigé à Paris par le député de la Réunion François de Mahy, qui occupe plusieurs postes ministériels, dont les postes-clés des Colonies et de la Marine. Après la conquête, 150 000 hectares sont concédés aux petits colons, dont les Réunionnais forment l’essentiel.

    1. La participation réunionnaise à la conquête de Madagascar (1883-1895) :

    -  M. Cabard-Danneville, rapport au Sénat,1898 :

    "Lors de la campagne de 1883-85, au début des hostilités à Madagascar, il y eut à la Réunion un enthousiasme indescriptible. Les habitants de la colonie adressèrent une pétition au Président de la République, demandant la formation d’un corps de volontaires.

    Le gouvernement, par lettre du 6 juillet 1883, autorisa le gouverneur de l’île à former deux compagnies mobiles de milices, comprenant chacune un lieutenant, un sous-lieutenant, un sergent-major, un fourrier, douze caporaux, trois clairons, cent vingt soldats.

    Pour compléter l’organisation, la marine fit commander chaque compagnie par un de ses capitaines d’infanterie, et, lorsqu’on eut formé deux autres compagnies, le bataillon reçut un chef de bataillon, un adjudant-majeur et un officier payeur tiré de l’infanterie de marine.

    A l’issue de la campagne de Madagascar, c’est-à-dire dans les commencements de l’année 1885, ces troupes, ayant payé leur dette, furent licenciées.

    En 1895, à l’annonce d’une nouvelle campagne, un nouveau bataillon de volontaires de la Réunion est formé et se conduit admirablement."

    in Brunet (L.), De Marseille à Tamatave, Paris, Delagrave, 1898, 239 p. (p.200), cité par E. Maestri, Les îles du Sud-Ouest de l’océan Indien et la France de 1815 à nos jours, Paris, L’Harmattan, 1994.

    -  "Evénements de Madagascar ; Les enrôlements à l’île de la Réunion", gravure pleine page, Supplément illustré du Petit Journal, n°221, dimanche 10 février 1895

    JPEG - 21 ko

    Gravure signée Tofany, 27 x 37 cm.

    Cliché J-R Nace (tous droits réservés ; usage libre dans le cadre de la classe, utilisation commerciale soumise à autorisation)

    -  "Evénements de Madagascar ; Les enrôlements à l’île de la Réunion", gravure, Supplément illustré du Petit Journal, n°221, dimanche 10 février 1895 ; la toise, détail.

    JPEG - 20 ko
    La toise

    Détail de la gravure précédente

    Cliché J-R Nace (tous droits réservés ; usage libre dans le cadre de la classe, utilisation commerciale soumise à autorisation)

    -  "Evénements de Madagascar ; Les enrôlements à l’île de la Réunion", article de commentaire de gravure, Supplément illustré du Petit Journal, n°221

    dimanche 10 février 1895

    "Tandis qu’activement on se prépare en France à châtier les Hovas, on a très justement songé que les habitants de nos colonies, surtout de celles qui avoisinent Madagascar, pourraient nous être d’un grand secours.

    Précisément la loi de 1889 les assimile, au point de vue militaire, aux conscrits de la métropole.

    Jusqu’ici, on ne les avait point appelés et ils s’en plaignaient un peu. Dans la prochaine campagne, tous les fils de France auront l’honneur de combattre côte à côte pour le drapeau tricolore et tous feront également leur glorieux devoir."


    2. Le colonat réunionnais jugé sévérement par Galliéni, Gouverneur de Madagascar (1896-1905) :

    -  Lettre de Galliéni à M. de Mahy (député de La Réunion, Ministre de l’Agriculture, Ministre de la Marine et des colonies), Tamatave, 28 novembre 1898 (expropriations forcées de malgaches par les colons réunionnais) :

    "Les indigènes de ces régions [Nord-Ouest] ont été un peu poussés à bout par les agissements de certains petits colons, créoles de […] Bourbon en grande partie, qui s’étaient installés depuis quelque temps dans le Sambirano et y agissaient en maîtres. Ils prenaient les terrains de cultures et pâturages, s’emparaient de bestiaux qui étaient laissés à l’aventure par leurs maîtres et oubliaient le plus souvent de payer les travailleurs qu’ils employaient."

    (in Raymond W. Rabemananjara, Madagascar, Histoire de la Nation malgache, Paris, 1952)

    -  Lettre de Galliéni à M. de Mahy (député de la Réunion, Ministre de l’Agriculture, Ministre de la Marine et des colonies), Tamatave, 23 mars 1899 (critique l’installation de colons réunionnais) :

    "Je déplore profondément que cette île [La Réunion] persiste à ne nous envoyer que des éléments qui, pour la plus grande partie, ne sont d’aucune utilité pour la colonisation, et lui sont même nuisibles. Ce sont des gens qui arrivent sans ressources, le plus souvent porteurs d’un baril de rhum, pour installer une guinguette…En un mot, les créoles de Bourbon peuvent faire beaucoup ici comme agriculteurs, ouvriers d’art, régisseurs dans les propriétés de la Côte. Mais si un grand nombre persiste à se faire débitants ou à se faire attribuer en concession les terrains d’élevage ou de culture des indigènes, auxquels ils font ensuite payer des droits de pacage ou de culture, ils nous rendraient les plus mauvais services."

    (in Raymond W. Rabemananjara, Madagascar, Histoire de la Nation malgache, Paris, 1952)

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